Colloque sur la Parité

Organisé le samedi 11 janvier 1997 au Sénat, conjointement par le réseau "Demain la parité"(1) et l'AFFDU  (2) , il avait  pour thème "Vers la parité dans les instances de décision ? La place des filles dans une filière de formation des cadres, du lycée aux grandes Écoles Scientifiques"

Premier rapport (3) sur "Les filles dans les grandes Écoles"  présenté par le groupe de travail constitué sous l'égide des deux associations mentionnées et présidé par Mme Huguette DELAVAULT (4)

Avec des représentants des grandes Écoles scientifiques, de l'Union des Professeurs Spéciales (UPS), de l'Union des Professeurs des classes préparatoires à l'Agro (UPA). Deux autres associations "Femmes et Mathématiques"(5), "Femmes Ingénieurs" (6) ont collaboré à ce rapport.



Interview sur BFM (Parité)
vendredi 10 janvier 1997 à 21h : (6 mn) de la rapporteure (extraits)


Je précise que nous prenons le mot "cadres" dans un sens large et non pas au sens très étroit de l'INSEE (7). Pour parvenir à la parité dans les niveaux les plus élevés des postes de décision, il est indispensable que les hommes et les femmes aient fait exactement les mêmes études. Or, en France, ce sont les Grandes Écoles en particulier les Grandes Écoles scientifiques qui conduisent aux postes très élevés de décision. Précisément, elles sont en nombre très inférieur aux garçons dans ces écoles, c'est pour cela que nous avons pris ce créneau.

- Pour bien préciser les choses, on ne parle que des TRÈS  grandes écoles scientifiques dans ce rapport ?
  Dans un premier temps, oui. Après, nous ferons d'autres rapports et d'autres études qui s'étendront aux autres écoles. Nous avons pris ici les écoles qui recrutent sur les classes prépa aux écoles scientifiques.

- Alors, dans ces prépa, la proportion des filles est de quel ordre ?
  Au mieux dans les 20% mais dans les classes plus prestigieuses qui avant la réforme étaient M' et P', elles n'étaient que 15%. Et en M', la proportion stagne complètement

- M', c'est par exemple les classes qui préparent à Polytechnique ?
  Oui, Polytechnique, Normale Sup
- Alors  quelles sont les causes de cette minorité de femmes dans ces prépas ?
Elles ne se présentent pas aux prépas, probablement parce qu'elles ne connaissent pas véritablement les débouchés, parce qu'on leur donne une image fausse de ces classes, très chargées du point de vue travail et dont les résultats ne sont pas toujours satisfaisants. Donc les filles préfèrent d'autres voies moins difficiles au départ et qui les conduisent évidemment à des écoles de moins grandes envergures.

- Alors, vous, vous dites qu'il y a quand même une responsabilité des enseignantsÝ?
  Oui, inévitablement, car ce sont les enseignants qui font une grande partie des orientations et très souvent ils ne poussent pas les filles. Ils ou elles sous estiment véritablement leur valeur et les filles elles-mêmes se sous-estiment. .. Les enseignants, aussi bien hommes que femmes misent davantage sur les garçons, les poussent, leur demandent davantage. Au contraire, vis-à-vis des filles, ces enseignants ont une moins grande attente. Si bien que les filles ne donnent pas toutes leurs possibilités en sciences.

- Un des enseignements de votre rapport, qui est assez paradoxal, c'est que dans certains cas, la mixité, en particulier dans les ENS a fait régressé la proportion des filles  ?

  C'est un phénomène qui nous a beaucoup préoccupées car presque toutes (auteures du rapport NDLR) nous sommes issues de ces Grandes Écoles et au moment de la mixité aussi bien StÝCloud ou Fontenay en 1981 de Sèvres en 1986, il y a eu une chute formidable des filles dans les sections de mathématiques et dans les sections de sciences physiques. Depuis plus de 10 ans, la proportion ne s'est pas inversée et par conséquent, il y a beaucoup moins de filles qui rentrent dans ces sections et encore moins de filles à l'agrégation pour entrer dans le corps professoral. Beaucoup moins de filles aussi dans les laboratoires de recherche. Avant 1981, elles se plaçaient très bien, donc la capacité des filles n'est pas en cause.

- Donc c'est que cela crée une difficulté supplémentaire pour que les filles accèdent à ces études scientifiques, parce qu'elles ont peu de "modèles" de femmes qui accèdent à des postes de haut niveau.
 Oui, le phénomène de "modèle" est très important, or précisément, il y a très peu de femmes scientifiques et donc elles servent beaucoup moins de modèles que si elles étaient plus nombreuses

- Et cela c'est un frein ?  Oui, c'est un frein, Il faut remarquer que on dit que couramment que le corps professoral est féminisé. Or il faut remarquer que dans les prépas, au contraire, il est en majorité masculin. Surtout dans les classes de très haut niveau, comme les M' dont je parlais tout à l'heure.

- Vous avez d'ailleurs fait un constat, à l'EPF, qui aujourd'hui est mixte depuis quelques années et où le taux des filles a chuté brutalement ?
  En 3 ans, de 100% à 30% !

- Alors quelles sont les solutions et quelles sont les voies qui pourraient un peu débloquer la situation pour que les filles accèdent à une parité avec les garçons ?
Nous pensons en premier lieu qu'il y a une action à faire dans l'enseignement du second degré, de manière à orienter davantage les filles vers les disciplines scientifiques. Là, il y a déjà beaucoup de choses qui sont faites en particulier par les (25) Déléguées Régionales au Droits des Femmes qui donnent régulièrement des "bourses de la vocation". Il y en plus de 480 dans toute la France, pour encourager les filles à se diriger vers une discipline scientifique. Certaines ont pu ainsi entrer dans ces prépas. Il y a aussi d'autres associations qui jouent un rôle comme "Femmes et Mathématiques, qui a été créée justement à cette époque-là. Nous mêmes, l'AFFDU (2), donnons des bourses pour les scientifiques de préférence, donc il y a différentes actions qui ont lieu. Mais c'est très nettement insuffisant, il faudrait que ces associations soient encouragées pour pouvoir le faire et aider les jeunes..

 Secondement, il y a quand même une action auprès du corps enseignant qui peut se faire en formation initiale dans les IUFM (8) ou en FC (9) par les cellules des Rectorats qui font la FC (9) des enseignants.

- Huguette Delavault, merci d'avoir été avec nous en direct sur BFM
 

 Retranscrit par Quadratus

Notes : dans l'annuaire au féminin papier (1995),
vous trouverez toutes les coordonnées de ces associations parmi les 1,400 citées

(1) Demain la parité : page 59/n°288 regroupe elles mêmes plusieurs grandes associations très dynamiques
(2) l'AFFDU page 41/n° 63 fondée en 1929
(3) Rapport disponible, il peut être commandé, voir aussi de nombreux articles dans la presse dont le journal "Le Monde" (prochainement des extraits sur Internet)
(4) Mme Huguette Delavault, de formation supérieure scientifique, a été directrice d'Ecole Normale Supérieure en IDF, ancienne présidente à plusieurs reprises de l'AFFDU, et toujours membre active de nombreuses associations. Comme conférencière, elle intervient dans de nombreux colloques et tables rondes.
(5) Femmes et Mathématiques (page 41/n° 69)
(6) Femmes Ingénieurs (page 29 dont la présidente 95, Brigitte LABATTUT CHABAUD, était en photo de couverture
(7) INSEE : voir ouvrage "femmes en chiffres"
(8) IUFM Institut Universitaire de Formation des Maitres
(9) FC = Formation Continue (cf loi Delors)

 

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