samedi 31 Janvier 1998, à 15 h à Montpellier
Le Collectif "Citoyennes Maintenant" organise une manifestation de soutien aux algériennes "qui meurent dans le sperme et le sang" . Nous envisageons plusieurs types d'actions sur ce sujet (joindre les députées européennes, demander la création d'un tribunal pénal international permanent, une pétition mondiale sur Internet.
janvier 1998 : Lettre ouverte aux Académiciens Français
C'est à vous, Messieurs de l'Académie français, que j'écris ce lettre pour vous rassurer. J'y mets un certain émotion, en découvrant votre fragilité secret : le peur de voir notre langue français sombrer dans le perversion sexuel. Il ne faut pas dire ìMadame la ministreîÝ? Peut-être faudrait-il n'employer que des mots au masculin, pour vous accompagner en douceur vers le modernisme d'un changement de siècle. Je vous dois pourtant un information, que vos grands sagesse et sérénité paraissent ignorer.
Alors que votre immortalité vous met à l'abri des soucis de reproduction, les pauvres humains que nous sommes ont, depuis des millénaires, besoin des deux genres pour perpétuer leur espèce. Les petits d'hommes viennent de l'addition du masculin et du féminin - et les grands y trouvent même du plaisir... Tant qu'ils y sont, les masculin et féminin se conjuguent pour créer, pour faire tourner le monde. Et depuis que l'Homme a découvert ses Droits et l'égalité, masculin et féminin doivent aussi se partager le pouvoir et les responsabilités. C'est ainsi qu'on voit aux affaires en France, au bout de vingt siècles d'accoutumance très progressive, plusieurs ministres brillantes, et même une garde des sceaux.
Malgré la longueur de l'étape précédente, je conçois que le choc a été rude pour vous : votre réaction au bout de sept mois témoigne bien de la brutalité de votre surprise !Permettez-moi un conseil : continuez de réfléchir, laissez le temps faire son úuvre. Puisque votre noble tâche est d'enregistrer les évolutions de notre langue, laissez-la évoluer. De sous votre dôme paisible, continuez d'ignorer ce monde vulgairement sexué. Et dans trois cents ans, huit cents peut-être, vous pourrez agréer dans votre vénérable dictionnaire les riches mots que, hommes et femmes ensemble, nous aurons fabriqués sans vous. Car une langue s'enrichit, quand ses mots reflètent la vie réelle.
En attendant, laissez-nous, laissez nos filles et petites-filles devenir des avocates, pharmaciennes, mécaniciennes, docteures, écrivaines, et même de courageuses et intelligentes ministres, députées et sénatrices dont le reste du pays a besoin. S'il vous plaît, continuez d'oublier les femmes si c'est tout ce que vous avez à leur dire : ainsi elles ne seront même pas tentées de solliciter la parité en devenant académiciennes (pardonnez-moi ce gros mot) ! Mais continuez de nous faire rire - si c'est votre nouvel objectif, auquel Richelieu n'avait pas pensé. Les femmes adorent les hommes qui les font rire...
fp- 27.1.99
Une loi - qu'est-ce qu'on y voit, quand elle est ouverte ?
La loi sur la parité, par exemple. Réforme moderne voulue, paraît-il, par le Président de la République et le Premier ministre. Alors que l'opinion publique souhaite la parité, «parité» n'est écrit nulle part, ni dans la version originelle du texte de loi, ni dans ses avatars parlementaires. Alors une femme députée, réputée amie du Président, cessant de tourner autour du pot, a voulu écrire «parité» pour de bon, na ! Les députées de la majorité (leurs hommes avaient à faire ailleurs, ce jour-là), soucieuses de ne pas fâcher le Président-qui-ne-voulait-pas-le-mot, ont repoussé cet amendement qui risquait d'empêcher la chose - car elles y tiennent, elles aussi, à la parité.
Une loi, qu'est-ce qu'on y voit quand elle est au Sénat ?
Pas la parité, en tous cas, mais des quotas : il paraît que l'égalité, la parité, c'est un quota 50/50. Et les quotas, c'est très vilain. Tous les sénateurs l'ont bien dit : ils aiment les femmes, et ne veulent pas qu'elles soient dégradées, humiliées, rabaissées par de vilains quotas - même si le mot n'est pas non plus dans la loi.
Nos sénateurs aiment les femmes, la preuve : ils veulent garder leurs actuelles dix-neuf sénateurs-femmes («sénatrices», c'est dégradant aussi) - même celles qui sont socialistes et communistes. D'abord, ils s'y sont habitués, et ils les traitent toujours avec courtoisie (un sénateur, même macho, c'est courtois par définition). Pourquoi iraient-ils partager leurs sièges avec cent-soixante (-et-une) femmes dégradées et avilies ? Ils veulent la dignité des femmes, nos sénateurs.
Et comme nos sénateurs de droite sont de grands philosophes, ils veulent aussi garder la dignité de la Loi. La Loi universelle, ça ne connaît pas les femmes - d'ailleurs c'est une femme qui l'a dit. Et même - coup de chance - une femme de gauche.
Deuxième coup de chance, son mari est là. Sénateur de gauche, à titre personnel, et dans un silence religieux, il apporte cette référence absolue : pas de femmes dans la Loi !
Voilà comme on les aime, les femmes : sacrées, sublimes - et présentes quand même, avec leur petit nom, par l'entremise de leur mari. Au Sénat, ça vous a une autre allure que des femmes élues ordinaires...
Alors, les femmes, circulez : il n'y a rien à voir. Une loi ? la parité ? Vous vouliez la chose, vous n'aurez pas le mot - la chose non plus, d'ailleurs, à ce train de sénateurs. Qu'y a-t-il dans une loi, quand elle est ouverte ? de l'hypocrisie ? quel vilain mot...
27/1/99

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