Ouverture et tolérance

Constats, propositions

La lutte contre les intégrismes est une urgence

écrit à Paris, le 10 avril 1999

A l'issue d'un séminaire regroupant des représentantes et représentants de milieux associatifs et professionnels très variés, originaires de pays du pourtour de la Méditerranée, nous sommes en mesure de faire les constatations et propositions suivantes :

Les intégrismes figurent parmi les formes contemporaines de la violence. Ils conduisent au totalitarisme et constituent un véritable danger pour la coexistence pacifique à l'intérieur des sociétés et entre elles. Ils violent les libertés fondamentales.

La lutte contre les intégrismes est une urgence. Elle est un enjeu essentiel au développement de la démocratie. Elle peut et doit être menée dans le cadre d'un État de droit.

Une certaine désagrégation du tissu social favorise l'émergence de groupuscules intégristes qui interviennent au mépris des valeurs citoyennes. C'est pourquoi nous demandons avec insistance aux responsables de nos États, tant au niveau national, régional que local de prendre en considération les propositions suivantes.

Nos propositions

Il convient de favoriser par tous les moyens possibles éducation, enseignement, médias, arts, culture, sports- l'éducation à la pluralité des opinions et des croyances, dans le respect de la dignité des personnes.

La diversité doit s'assumer dans le principe de la compatibilité des libertés individuelles et du respect du pluralisme démocratique, c'est à dire dans une nécessaire articulation entre les libertés et droits fondamentaux de la personne et l'exercice des droits collectifs et citoyens.

(En aucun cas l'exercice des droits collectifs ne peut être l'occasion de brimer les droits individuels.)

Il est indispensable de développer le discernement critique, ainsi que l'apprentissage du questionnement et du doute dans l'approche des connaissances.

Tout au long de leur formation, les jeunes, garçons et filles, auront l'occasion de se confronter aux différences des autres, qu'elles concernent leur sexe, leur race, leur religion ou leur culture, qu'elles soient réelles ou supposées.

On attend donc des contenus et méthodes pédagogiques autant que des enseignant-e-s, éducateurs et éducatrices, qu'ils permettent à ces jeunes d'accéder sans heurt à la richesse de la pluralité.

Toutefois, il ne peut être admis de reconnaître des croyances et idéologies ou courants de pensée qui refusent la tolérance et visent eux-mêmes le rejet de l'altérité et du pluralisme ; surgissent alors de graves risques de violence.

Nous savons que l'Histoire a également une dimension religieuseÝ: les grands textes fondateurs des différentes religions sont patrimoines de l'humanité et font partie de son langage symbolique. A ce titre leur étude favorise le rapprochement des personnes et des cultures et peut faire découvrir des valeurs communes.

On aura avantage dans le cadre de la laïcité à séparer clairement ce qui revient à l'école publique et ce qui peut être de la responsabilité de différentes familles religieuses, mais celles-ci ne doivent en aucun cas contrevenir aux valeurs citoyennes et à l'énoncé des droits humains fondamentaux.

Nous tenons à ce qu'un soutien réel et efficace soit apporté aux associations de terrain fidèles aux institutions démocratiques. L'insertion des hommes et des femmes qui y travaillent ou y participent est un facteur irremplaçables de solidarité et de reconnaissance d'autrui.

Nous voudrions voir multiplier sans crainte les occasions de faire jouer la démocratie locale entre les différents partenaires.

Nous souhaitons la création et/ou le développement de nouveaux métiers reconnus et agréés par l'Etat, tels celui de "médiatrice" et "médiateur", ces métiers étant confiés à des personnes dont les aptitudes à la relation et à la créativité seront mises au service de la collectivité pour déjouer les tendances communautaristes ou sectaires qui génèrent souvent ignorance et violence.

Enfin, nous n'ignorons pas que ces propositions et suggestions ne pourront être retenues qu'accompagnées de moyens financiers et ne doutons pas que nos responsables respectifs en comprendront la nécessité urgente.

Étant donné la qualité et la compétence professionnelle des participant-e-s à ce séminaire (UNESCO les 23 et 24 mars 1999), nous demandons aux ministères concernés de tenir compte de ce document et nous souhaitons recevoir une réponse avant la fin de l'année scolaire.

 

En effet, nous aimerions connaître :

a) leur réaction aux principes de ce document,

b) quelles propositions pourront être prises en compte, à court terme, à moyen terme ?

Nous verrions là une preuve indiscutable de la volonté de considérer les Organisations Non Gouvernementales et la Société Civile comme de véritables partenaires afin de faire progresser nos sociétés pour le plus grand bien être des citoyens.

CLEF

100, rue de Rennes 75006 Paris

Paris, le 10 avril 1999

signé Marie-Thérèse VANLUNEN CHENU <mtlunenchenu@ipoint.fr>


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