Dounya Laura AGROUM

Une "self-made woman"
qui gravit (vite) les échelons ..
..

"Chacun a quelque chose d'extraordinaire à accomplir ..."

Franco-marocaine,
Quadrilingue : anglais, italien, arabe

mél


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Actuellement, basée à Agadir (Maroc)

Laura travaille sur la formation commerciale de 12 à 15 personnes de sa famille, veillant à encourager et accompagner la transformation culturelle qui "fera toute la différence", sortir des schémas hommes dirigeants &endash; femmes exécutantes, se libérer du fatalisme "je n'ai pas de chance, je ne sais pas, ce n'est pas pour moi". Elle pense à des séances régulières de coach sur mesure et en parallèle prépare également une promotion brillante de la boutique.

L'"étoile du succès" est née, ce nom qu'elle donne à l'entreprise est un hommage à son meilleur ami et à Dieu qui lorsqu'elle avait 22 ans lui octroya ce "titre" (comme une bénédiction).

Grâce à cette entreprise, elle va déployer toutes ses connaissances pour que des milliers d'étoiles du succès du Sud illuminent tout le Maroc et pourquoi pas au delà.

En parallèle de son activité professionnelle, elle continue à organiser des rencontres à thèmes (sans but lucratif) pour stimuler la réflexion et le partage entre tous les individus souhaitant apporter leur contribution pour créer un monde meilleur.

Son rêve d'inspirer les gens sans confiance et sans expertise à croire en eux et en leurs talents et réussite est en train de se réaliser.

"Chacun(e) a quelque chose d'extraordinaire à accomplir ..."

Enfance et adolescence

Elle naît à Tournon en Ardèche et grandit dans la Vallée du Rhône bordée par les pêchers et autres arbres fruitiers qui abondent dans la région.

Fille unique, elle brille à l'école par sa précocité et fait la joie de ses professeurs. Elle est également une sportive ardente (gymnastique, danse classique et natation) et gagne plusieurs médailles à la fierté de ses parents. Ces derniers sont commerçants et ont peu de temps pour leur vie de famille. Cela les amènera à un divorce lorsque Laura est à l'aube de ses 11 ans. C'est à cette époque que sa mère et son nouveau compagnon s'installent à Paris avec Laura.

Loin du reste de sa famille et de ses amies, c'est un tournant radical qu'elle passe : autre mentalité, autre environnement. La cellule familiale par ailleurs est parasitée par de nombreuses tensions causées par les nombreux défis auxquels font face sa mère et son beau-père en créant leur entreprise. Leur activité est intense et Laura passe beaucoup de temps livrée à elle-même, seule ou avec des amis. En fait surtout des amis qui, comme elle, sont un peu seuls ; son adolescence sera turbulente et faite d'une bonne dose de rébellion. Ses 16 ans ont à peine sonné qu'elle quitte l'école, trouve un travail de vendeuse dans une grande bijouterie parisienne, puis annonce la nouvelle chez elle.

Formation et entrée dans le monde du travail

Avec l'argent de sa première année de travail, elle se paiera des études d'esthétique puis de maquillage artistique, respectivement à l'école Jeanne Gatineau et Christian Chauveau, ce qui se fait de mieux dans le domaine. Mais elle se rend compte que ce n'est pas pour elle : trop snob et artificiel à son goût, en tout cas à l'époque. Ce qu'elle aura le plus aimé de cette expérience : le contact intime qui se crée avec les clientes et la partie créative en contact avec les artistes et le monde du spectacle.

Elle se rend vite compte que, si elle espère gagner sa vie un peu plus décemment, il faudrait qu'elle se mette à son compte. Mais l'engagement et les sacrifices qu'elle perçoit qu'elle devrait faire dépassent sa disponibilité. Elle décide de commencer à travailler dans un bureau et se fait engager comme standardiste dans une société de HLM à Vincennes. Elle se fait rapidement "repérer" par son zèle et son empressement à en faire toujours un peu plus : on lui propose de devenir gestionnaire. Elle s'occupera ainsi de 8 résidences pour lesquelles elle recueille les candidatures, les propose à une commission jusqu'à l'attribution aux candidats sélectionnés. Cette expérience lui plaît justement pour sa dimension sociale. Elle songe sérieusement à reprendre ses études pour devenir assistance sociale, s'occuper de cas difficiles. C'est à cette époque qu'elle rencontre un ONG qu'elle chérit encore aujourd'hui, plus de 20 ans après : la Brahma Kumaris World Spiritual University, une école de vie, dirigée par des femmes. Là, elle revoit toute son éducation, apprend à méditer et à explorer son monde intérieur et à harmoniser son rapport au monde extérieur. Cet ONG organise et participe à de nombreux événements multidisciplinaires et humanitaires, dans lesquels elle s'implique largement pour apporter sa contribution.

Découvrant qu'aucun centre n'existe en Italie, elle demande aux responsables mondiaux la permission de s'y rendre, c'est accepté. L'année de ses 20 ans elle part donc pour une aventure toute italienne, elle partagera un logement à Rome 7 ans avec une ex-danseuse professionnelle, de 20 ans son aîné. Puis elle partira ouvrir un nouveau centre à Milan avec une Italienne qui reste avec elle pendant un an puis la laisse seule pour poursuivre dans une nouvelle ville (en Sardaigne), Laura restera alors 7 ans à Milan.

Au début de son séjour italien, Laura effectue des gardes de personnes âgées à domicile. Puis elle commence un travail de vente qui est rémunéré sur la base des ventes effectuées. Ce sera sa source de revenu pendant 4 ans et demi, surtout causé par le fait qu'elle doit renouveler son permis de séjour régulièrement. Un travail en tant qu'employée ne lui est pas accessible. Pendant ce temps, elle perfectionne son italien et devient parfaitement bilingue. Elle commence alors à proposer ses services dans des missions d'intérim en secrétariat. Elle se forme "dans la foulée et sur le tas" à l'informatique.

Ses contacts internationaux se multiplient et son anglais se perfectionne. Elle a la chance de pouvoir participer pour la partie italienne à des projets internationaux impliquant + de 120 pays ce qui lui permet de rencontrer nombre d'autorités locales et nationales. Elle prend part également pour son plus grand enrichissement à des dialogues inter-religieux de jeunes adultes.

Son enthousiasme grandit. Elle se déplace de ville en ville en Italie afin d'organiser et de participer à des groupes de réflexions. S'épanouir et aider les autres à faire de même, les aider à se libérer de toute forme de limites et de dépendances : un sujet qui la passionne.

Financièrement, elle a un peu négligé son parcours jusqu'en 93 se consacrant uniquement à ses activités de bénévole. En tant qu'étrangère, il fallait qu'elle soit à la hauteur pour prétendre d'accéder à un poste intéressant. La trentaine arrivée elle ressent le besoin d'approfondir sa vie professionnelle.

Elle entre comme assistante commerciale dans un grand groupe français (Elf Atochem) et retrouve le monde de la vente, que son patron lui fait redécouvrir : sa passion pour la vente se renforce. Ses gènes commerciaux sont activés ! Elle se fait apprécier et son responsable et le patron mettent tout en oeuvre pour qu'elle soit embauchée. Gagné ! 2 ans plus tard, un des ingénieurs commerciaux de l'équipe quitte la compagnie, elle tente alors sa chance pour essayer de le remplacer. Le ton change : on lui fait clairement comprendre qu'elle ne sera aucunement épargnée et que ses résultats devront être excellents. Elle accepte le défi. Elle découvre qu'en réalité "vendre est un art et ne veut pas dire abuser de l'autre, mais bien, être à son écoute, comprendre ses besoins et le servir au mieux. Par ailleurs cela demande de négocier et d'apprendre à discerner jusqu'à quel point on peut donner et prendre et à quel prix. Le PRIX d'un service commercial lui fait découvrir son respect d'elle-même et sa confiance en elle-même.

Elle aime l'idée que cela l'aide à rééquilibrer son rapport avec les autres. Cela ranime un engagement sans limites envers son client tout en veillant à ce que ce ne soit pas au détriment des intérêts de sa Compagnie. Elle se sent "un chevalier ardent dans la bataille" entre les contraintes des coûts des 2 parties. Elle doit arbitrer : pour satisfaire les deux parties. En un an, elle réussit également l'exploit de vendre à des entreprises de recyclage 400,000 t de déchets (matières plastiques) alors qu'auparavant, il fallait payer l'enlèvement pour leur élimination.

Néanmoins, elle se perdra quelque peu dans son monde du travail au point de s'y donner corps et âme, elle freine alors brusquement lorsqu'elle se rend compte que sa vie spirituelle se noie dans tout cela.

Elle part au Maroc pour faire le point et y rencontre son mari. Issu d'une famille modeste, d'une grande loyauté et générosité. Il la rejoindra en Italie 8 mois plus tard. Il est pour elle le révélateur d'un besoin de changement dans sa vie, simplement parce que sa vie professionnelle a totalement consommé son espace personnel et familial.

Par ailleurs, son travail n'est pas reconnu à hauteur de ce qu'elle fournit, simplement parce qu'elle n'a pas suivi un cursus, ni ne correspond à un profil classique (étrangère, sans diplôme.).

Après l'Italie retour en France ...

Encouragée par son mari, elle décide de rentrer en France. Elle démissionne et de retour à Paris trouve en moins d'un mois une porte de multinationale qui s'ouvre à elle : IBM.

Pour se refamiliariser avec l'entreprise française qu'elle a laissée 15 ans avant, elle entre comme assistante de direction d'un manager exécutif. 8 mois plus tard, son contrat allait se terminer lorsque sa chef de service lui propose (d'ailleurs à elle seule, alors qu'il y a une centaine d'assistantes) un poste d'assistante pour le gérant d'une filiale d'IBM. Elle est embauchée grâce à cela.

Avec son nouveau patron, il est convenu qu'elle puisse évoluer car elle souhaite retrouver au moins le niveau qu'elle a laissé avec l'Italie. Il tiendra ses promesses et lui donne dans un premier temps une responsabilité de la communication interne. Particulièrement cruciale car la filiale qui vient d'être constituée est le fruit d'une opération d'externalisation et voit donc une population importante de personnes en phase de changement radical de culture d'entreprise. Elle aura donc l'objectif de la tâche en évitant autant que possible le départ de certains et en veillant à les faire adhérer aux objectifs de la direction. Le changement principal pour le personnel est que sa relation avec d'ex-collègues devient une relation "client fournisseur", à laquelle s'ajoute une perte de repère car les méthodes de travail et les managers sont tout à fait différentes.

Elle met sa créativité et sa capacité relationnelle au service de l'entreprise. Elle réalise combien son parcours qui l'a si souvent amenée à se déraciner et à avoir une situation précaire, lui a en fait permis de trouver des repères beaucoup plus stables et solides, des repères intérieurs. À une époque où tout est de plus en plus temporaire et incertain, cela constitue une réelle force. Mission réussie : ceci lui vaut un passage au statut de cadre. Elle se fait repérer par la directrice de son gérant qui est la vice présidente de l'externalisation dans le groupe IBM Global Services. Elle devient sa partenaire directe de communication.

Entre-temps, elle suit une formation de "chef de projet" afin de piloter un certain nombre de chantiers et d'assurer une coordination homogène de l'ensemble. Cela lui permet d'amener de la rigueur et de la structure dans son univers jusque-là beaucoup imprégné d'intuition et de singularité.

Ses missions s'achèvent car les pressions du business volent l'espace qui était réservé à la communicationŠ et de plus en plus de tâches sont pilotées à un niveau global.

Directeur d'offre chez IBM

On finit par lui dire que, si elle souhaite évoluer à hauteur de ce qu'elle prétend, il lui faut opter pour un métier générateur de revenus c'est-à-dire impactant la chaîne client fournisseur. Elle trouve le principe sain. Elle se forme &endash; sur le terrain - au métier de "bid manager" (directeur d'offre) toujours dans le domaine de l'externalisation. Ce qui lui permet de travailler en équipe, avec notamment des experts commerciaux, techniciens, financiers, qualité, RH et légaux en amont d'offres commerciales de longue durée (c'est-à-dire engageant la Compagnie pour, en moyenne, dix ans).

Néanmoins, bien que récompensée par des primes ponctuelles, son salaire fixe n'a pas suivi l'évolution qu'elle souhaitait. Elle s'impatiente. Elle change 5 fois de manager en un an et dans ce contexte, les accords pris avec le premier ne sont plus respectés.

Départ (envol) au Maroc

Voyant que sa perspective d'évolution est dans une impasse, elle demande d'autres propositions. On lui propose soit de revenir en arrière pour être à salaire équitable (proposition qui ne la tente pas une seconde) soit un accompagnement vers l'extérieur c'est-à-dire une somme d'argent lui permettant de s'acheminer vers une nouvelle situation professionnelle plus confortablement.

Elle accepte cette dernière, sentant que ce n'est certes pas dénué de risques mais que c'est aussi une possibilité unique d'émerger : Laura voit loin et mise sur un changement radical. Elle propose à son mari, d'origine berbère, d'Agadir de rentrer au Maroc.

Les salaires marocains étant largement inférieurs à ceux pratiqués en France, il apparaît que l'unique voie viable est de travailler à son compte.

Laura entame au Maroc un état des lieux de l'existant afin de cerner dans la panoplie de ce qu'elle peut offrir le créneau plus en besoin dans ce pays. Sensible à la situation des personnes et en particulier des femmes du Sud (Agadir est la porte du Sud), elle écarte les hypothèses d'activité dans le tourisme préférant investir pour le bénéfice des populations locales.

Les aider à se promouvoir, à promouvoir leurs projets, à réviser régulièrement leurs talents commerciaux et managériels, mettre en valeur leurs singularités, leurs spécialités (valeurs ajoutées), faire apparaître ce qu'ils ont d'unique et les aider à se distinguer de façon innovatrice, professionnelle et originale.

Son premier projet concret naît au coeur de sa belle-famille. Trois mois après leur arrivée au Maroc, elle et son mari rachètent un fond de commerce situé au rez-de-chaussée de la maison familiale de son mari dans une petite localité industrielle limitrophe à Agadir : Anza. Ce commerce est d'ailleurs chargé d'émotions, car il avait été vendu par le père, décédé depuis, de son mari durant une période de besoin. Sa belle-mère leur emboîte le pas et met à disposition du projet tout le rez-de-chaussée de la maison, plus que triplant ainsi l'espace. Le projet est conçu en famille et pour la famille (en effet Laura et son mari ont leurs propres projets professionnels en route). Il est d'ailleurs baptisé "Saâd" qui signifie la chance totale ou le porte-bonheur. C'est aussi prénom du dernier né de la famille (le 25 mars 2003),Ce sera un commerce de boulangerie, pâtisserie, jus de fruit. Le but est de regrouper les membres de la famille, qui comme nombre de marocains travaillent dur pour un salaire très réduit, ou ne travaillent pas, ou partent loin de leurs familles, " là où se trouve le travail ".

*** : l'une des 650 participantes au Global Summit de Marrakech

2 500 mots

mise à jour : 25 juillet 2003


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