Alice CRETE (26 ans) : profession de foi (2001)

"être une candidate au service des Verts et non à leur tête"

ALICE AUX PAYS DES PRÉSIDENTIELLES
Librement
Imaginons et
Construisons l'
Ecologie du rêve en action

La campagne présidentielle des Verts doit être un moment important de rencontre entre l'écologie et ceux qui habitent ce pays, une occasion de faire connaître des idées, une démarche collective, des principes et des manières de faire plutot que de promouvoir des personnes.

Nous rêvons d'une société respectueuse de l'égalité entre les gens  ? Sachons alors montrer que, dans la micro-société que constituent les Verts, personne ne peut se présenter ou être présenté d'emblée comme plus légitime que d'autres pour porter les valeurs de l'écologie politique. Nous refusons la dictature des médias ? Refusons les choix déjà faits pour nous, ayons le culot de ne pas être conformes aux cadres imposés. Nous n'aimons pas l'uniformité ? Faisons confiance à la complémentarité dans la diversité, qui ne saurait se satisfaire d'un choix au sein des Verts se restreignant à quatre personnalités politiques masculines.

Ma candidature est, dans un premier temps, une ouverture pour une grande respiration au sein des Verts, pour une diversité des candidats, pour une diversité de la campagne. Car je suis convaincue qu'il est important que différentes voix puissent s'exprimer avant l'investiture. Parce que, comme beaucoup d'entre nous, je ne peux me résigner à des candidatures convenues, aux discours prévisibles, dans lesquels les logiques de courant jouent un rôle dévoyé, il me paraît nécessaire de donner à l'ensemble des Verts la possibilité d'exprimer leur choix en leur offrant une alternative porteuse d'un projet spécifique.

Mon souhait est de faire une campagne associant tous les militants, d'être une candidate au service des Verts et non à leur tête, pour lancer un processus qui soit un moment de partage et de construction au sein des Verts et de la société toute entière. Cette candidature doit être un outil pour les Verts pour vivre encore plus fort leurs idéaux, parfois malmenés ces derniers temps, en s'appropriant la campagne, en inventant un nouveau dialogue en interne et avec la société. En échangeant, sur la connaissance et l'identification des problèmes mais aussi sur des vécus, sur des expériences de luttes et de changements de comportement à la portée de chacun, les militants Verts et écologistes peuvent jouer un rôle moteur pour tous les désenchantés du monde et de la politique : les convaincre qu'il est possible de remettre en cause les valeurs qui fondent cette société, de libérer les énergies créatrices, de sortir de l'économie de marché dévastatrice avant que nous ne devenions des objets de consommation courante.

Militante écolo-alternative depuis 1996, adhérente des Verts depuis novembre 1998, férue des alternatives au quotidien, j'ai basé mon engagement sur l'idée que l'action individuelle et collective, locale et globale, est la solution pour peser sur les institutions et, à terme, changer le système. Il ne faut pas avoir peur des petits changements, du quotidien qui change le regard sur les autres et sur la vie. Il faut prendre au sérieux les coups d'ailes de papillons qui déclenchent les orages. Les économies d'énergie, les jardins potagers, l'alimentation bio, les fêtes de rue et repas de quartier, la lutte contre la pub et les voitures, les systèmes d'échanges locaux (S.E.L.), l'art de la rue, les écoles alternatives, les parrainages de sans-papiers ... en sont des applications concrètes que j'aime et auxquelles je participe ou que je soutiens dans la perspective de création de zones autonomes, affranchies du système capitaliste, fondées sur les valeurs d'autonomie individuelle et collective, de responsabilité et de solidarité. Tout cela participe d'une utopie, d'une écologie du rêve en action. En matière de réalisme, on peut observer que les sociétés industrialisées des pays du Nord vont droit dans une impasse d'idées autant que de réalisations, où l'on préfère épargner à donner, surveiller à partager, gagner à construire. C'est entre autre ce qui m'a conduite à être l'une des initiatrices d'une campagne de jeunes européens contre l'effet de serre : « le pari », ou de réfléchir à des formes d'actions et de reflexions politiques différentes, pour que l'écologie ne soit pas uniquement un but, mais aussi un moyen.

On peut se questionner sur le paradoxe dans lequel s'inscrit une candidature des Verts à l'élection présidentielle. Depuis longtemps, les Verts ont dénoncé le caractère régalien du fonctionnement de la 5ème République. La réforme de 1962, en introduisant l'élection du Président de la République au suffrage universel, a fait basculer le rôle de celui-ci : d'arbitre et de garant des institutions, il est fondamentalement devenu le chef de la majorité qui se constitue autour de lui. Alliée à l'élection uninominale à deux tours des députés, cette prééminence du Président de la République dans le paysage politique a largement montré ses conséquences néfastes :

  • mécanisme majoritaire qui lamine la diversité des expressions politiques au profit des partis dominants, eux-mêmes godillots du chef de l'Etat ou du chef du parti d'en face,
  • personnalisation à outrance de la vie politique, qui n'apparaît plus alors que comme une perpétuelle et dérisoire agitation des prétendants pour prendre la place du mâle dominant,
  • exacerbation de la logique de concurence au détriment de celle de coopération,
  • dépolitisation du débat et développement de la politique spectacle, où chacunE n'a plus qu'un personnage à jouer et à adapter aux situations et qui voient les émissions télévisées de divertissement et les reportages “people” sur tel homme ou femme politique, remplacer les confrontations d'idées, valorisation du rôle du sauveur de la Nation au détriment de la dynamique collective et des choix politiques de fond,
  • sans compter la mise en place de machines de guerres électorales par détournements de fonds et corruption.

Toutes ces raisons plaideraient pour que les Verts soient absents de l'élection présidentielle, en dénoncent les logiques et refusent de s'y présenter et de participer à ce moment de spectacle.

Et pourtant, les Verts doivent être présent dans ces élections, car elle peuvent aussi être un formidable outil politique, un moment particulièrement adéquat pour poser des interrogations sur les choix de sociétés dans une perspective à long terme.

De plus, en cette année (2002) où le calendrier juxtapose les élections législatives et présidentielles, il faut saisir l'occasion pour répartir les rôles entre les deux élections et leur permettre ainsi de s'enrichir mutuellement. A cet égard, la relation avec le PS ne doit pas surdéterminer ou enfermer le message que nous adresserons durant cette campagne présidentielle à la société toute entière. Cette relation et ses contraintes d'alliances éventuelles relèvent d'une négociation entre partis, pour laquelle les instances habilitées des Verts sont déjà définies et le rôle du candidat à la présidentielle n'est pas de se substituer à ces instances.

Il n'appartient pas non plus au candidat à la présidentielle de définir les engagements programmatiques des Verts pour la mandature à venir, qui seront adoptés dans une autre procédure associant notamment le travail des commissions et des Etats Généraux de l'Ecologie Politique. Il doit en revanche les accompagner en utilisant la tribune qui lui est offerte pour porter notre propre message, sans prétention mais sans complexe, et ouvrir un espace plus large de dialogue et de réflexion sur les choix fondamentaux à opérer tant au niveau de l'organisation sociale et de l'action publique que des comportements individuels.

Elle doit ainsi favoriser la prise de conscience sur les thèmes qui nous sont chers et mettre à jour les rapports de domination qui s'exercent aujourd'hui dans leur complexité. Elle doit être un moment fort de rencontres et de débat collectif, permettant de mettre à jour les contradictions, qui traversent notre société comme chacun d'entre nous, puis de dégager des choix qui seront assumés collectivement, loin des fausses solutions miracles.

Si nous faisons partie du monde riche, gaspilleur d'énergie et de matières premières, destructeur des équilibres naturels et des sociétés, fauteur de guerres, souvent ces conséquences nous révoltent. Combien de morts en Afrique, au Myanmar et ailleurs, pour que les compagnies pétrolières puissent garantir notre approvisionnement énergétique à moindre coût ? Jusquà quand accepter que la France soit le troisième pays mondial à exporter des armes pour satisfaire l'équilibre de notre balance commerciale ? Mais est-il réaliste de penser que nous pourrons éviter, voire réparer, les dégâts causés par notre mode de production et de consommation sans nous orienter vers un modèle de société plus frugale, économe en ressources naturelles mais riche du temps libéré ?

Dans le même temps il n'est pas possible d'oublier que vivent dans ce monde malade de sa surconsommation et de son mal-développement, des hommes et des femmes qui subissent de plein fouet ses aberrations en matière de conditions de vie et de travail, de désorganisation sociale, d'individualisme et de violence, de relégation et de mépris.

Pour celles et ceux qui perdent leur vie à la gagner, qui sont enfermés dans des systèmes de production et de consommation dégradants, à qui on ne donne jamais l'opportunité de s'exprimer sur ce qui fait leur vie et sur ce qu'ils voudraient qu'elle soit, pour qui l'avenir apparaît bouché, l'écologie doit apporter des réponses crédibles, adaptées, porteuses d'engagement et de mouvement.

La candidature verte doit permettre aux citoyens d'exprimer ce qu'ils réclament des institutions mais aussi d'affirmer ce qu'ils sont prêts à changer, à experimenter, pour que la révolution des modes de vie et de production soit à la hauteur des enjeux.

En s'appuyant sur les pistes ouvertes par les Verts et tous leurs partenaires, elle doit également permettre d'accélérer la prise de conscience de l'urgence de l'écologie politique et de ses valeurs, pour inventer un projet global pour notre société.

Ainsi, l'économie solidaire, qui favorise les circuits économiques courts, la relation entre les producteurs et les consommateurs, le développement du tiers-secteur, n'est pas un paliatif aux méfaits d'un capitalisme plus soucieux des profits que de leur coût humain et environnemental. Elle permet de s'interroger sur le statut du travail et du travailleur, sur des nouvelles formes d'échanges et sur le lien entre travail et revenu, avec à la clef l'instauration du revenu universel d'autonomie.

La solidarité Nord-Sud ne peut se limiter à une aide publique au développement béquille du néocolonialisme et de l'exploitation. Elle doit s'orienter vers de nouvelles relations planétaires basé sur la non-prédation et la coopération de peuples à peuples dont l'immigration est l'un des éléments.

La réduction du temps de travail doit s'intègrer dans le débat plus général sur les conditions de travail. Elle doit être également l'occasion de réinterroger ce qui fait la vraie richesse d'une société et promouvoir une économie où le travail serait réduit au minimum nécessaire pour produire des biens et des services véritablement utiles.

Les organismes de protection sociale, loin de se limiter à l'obsession de leur équilibre financier, doivent redevenir des lieux de démocratie où se définissent avant tout des objectifs en matière de santé, de solidarité.

Pour jouer pleinement son rôle la candidature Verte doit également ouvrir le champ des possibles, grâce à l'approche spécifique d'une démarche écologique : attentive à la globalité des phénomènes et à leurs interactions ; soucieuse de prendre en compte ce qui ne saurait être correctement appréhendé par la logique marchande et financière et notamment les dommages aux personnes et à l'environnement.

Les développements concommittants, de Seattle à Millau, des combats contre la malbouffe, les O.G.M. et une mondialisation instrumentalisée qui met en péril l'autonomie des peuples dans leurs choix économiques et sociaux, sont un exemple probant de la pertinence de cette approche. Combien le débat sur les retraites gagnerait à s'enrichir d'une réflexion de fond sur les besoins et les inquiétudes des personnes âgées en matière de logement, de sécurité, de soins, de relations humaines, de mobilité ! On s'apercevrait alors que les stratégies individuelles de constitution d'un capital à la pérennité aléatoire sont loin d'être pertinentes et ne font qu'accentuer le délitement social dont les personnes âgées sont souvent les premières victimes. Qu'est ce qu'une croissance qui se fait au prix de l'augmentation des statuts précaires, du stress au travail et de la soummission des salariés aux dictats des clients ou des actionnaires ? A quoi cela sert-il de villipender des parents pour les dérapages de leurs enfants, alors que toute la dignité qui fonde leur rôle éducatif est réduite à néant par la précarité et les conditions de vie, de logement et de travail qui leurs sont imposées ? Où mène ce désir infantile de consommateurs qui en veulent toujours plus, toujours plus vite, en oubliant qu'en tant que travailleurs, ils sont les premiers à souffrir de ces exigences ? Si ce désordre social et économique engendre désespérance, violence et délinquance, la réponse ne saurait être dans une invocation théologique du respect de la loi, alors que par ailleurs toute une idéologie promeut la compétition à outrance et l'écrasement des plus faibles et des plus lents par les plus forts et les plus rapides.

Les élections municipales ont montré que le retour vers la politique de ceux qui n'en attendaient plus rien devient possible, dès lors qu'une proximité existe entre les citoyens et des candidats qui souhaitent non pas parler à leur place mais parler avec eux.

Notre candidature à la présidentielle doit entendre cette volonté et, par sa forme même, favoriser cette réappropriation de la parole collective dont l'enjeu est crucial. Par la promotion des militants Verts et non-Verts qui, loin des logiques d'appareil, vivent et font avancer les idées de l'écologie politique au quatidien, elle doit permettre de montrer que la politique n'est pas une affaire de professionnels mais d'engagement de tous les citoyens.

Les Verts sont encore considérés par beaucoup comme une force politique neuve et porteuse d'idéaux, même si des querelles internes aux enjeux bien peu explicites ont déjà porté quelques coups à cette image. Ils ont su aussi, sur de nombreux thèmes, s'inscrire dans une dynamique large, pour laquelle ils ont été un relais institutionnel important. Mais pour autant ils n'ont pas été les seuls et c'est parce qu'ils ont eu des partenaires qu'ils ont pu porter plus haut et plus fort un idéal de changement radical et d'alternatives aux différentes formes de domination. La candidature des Verts à la présidentielle doit permettre d'exposer la force des valeurs fondamentales de l'écologie politique que sont la responsabilité, la solidarité, l'autonomie individuelle et collective, la non-violence, la coopération.

C'est le sens de ma candidature à l'investiture qui ne se veut ni exclusive, ni hégémonique et donc véritablement écologique. Si d'autres mouvements avec lesquels nous partageons des objectifs veulent se lancer dans la même aventure, il s'agira d'établir avec eux les synergies et les complémentarités qui nous permettront à tous de peser véritablement sur le cours des choses et à nos combats communs de progresser. Ensemble

Mon souhait est que ma candidature, dégagée des enjeux institutionnels internes et sans arrières-pensées de pouvoir, puisse permettre de renforcer cette dynamique au sein et autour des Verts, loin des discours convenus et clientélistes mais au contraire riche de la multiplicité qui fait les Verts et de leurs contradictions. L'écologie politique n'a pas à rougir d'être un chantier sans cesse en construction et non une succession de recettes toutes faites, plus ou moins démagogiques.

C'est la force de cette humilité que je vous propose de porter devant nos concitoyens, non pas au dessus d'eux dans une fonction de représentation imbue de supériorité, mais parmi eux, dans une recherche constante du sens et de la forme appropriée pour l'exprimer. Je souhaite mener une campagne à la fois grave dans ses enjeux et gaie dans sa méthode, pour laquelle il nous reste encore à trouver, ensemble, une esthétique capable de porter un nouveau projet de civilisation.

Avec une idée force : non pas que les électeurs votent pour les Verts pour se débarasser des problèmes, mais au contraire pour montrer qu'ils peuvent et veulent s'en saisir.

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Mise à Jour : 25 avril 2002

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