Marcelle DEVAUD

une pionnière en politique - 95 ans en 2003
"une vraie féministe d'avant 1970" (selon Evelyne SULLEROT)


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photo prise lors du diner des lumières de BPW France - sept 2003
avec Mme Raymonde MARTIN ancienne Présidente Nationale BPW France

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mise à jour : 4 oct 2003

A la veille d'élections législatives qui devraient voir l'émergence d'un plus grand nombre de femmes élues au Parlement, on peut s'interroger sur leur place dans la vie politique française, depuis qu'elles ont obtenu le droit de voter et de se présenter aux élections.

Marcelle DEVAUD a été une de ces femmes candidates aux élections au lendemain de la guerre. Elle a joué un grand rôle politique et féministe en France au cours des cinquante dernières années, de par ses nombreuses activités nationales, européennes et internationales.

Au niveau national, elle a rempli presque tous les mandats électifs tels que maire d'une grande ville de la banlieue parisienne (Colombes), conseillère municipale de cette même ville, députée de la Seine, sénatrice de la Seine, vice-présidente du Sénat. Elle a été, également, membre du Conseil économique et social pendant de longues années.

Sur le plan européen, elle a participé à de nombreuses missions à l'étranger où elle représentait la France : par exemple, elle a siégé pendant plus de dix ans à la Commission femmes auprès des Nations unies.

Il paraît souhaitable de ne rien perdre de ses actions du passé, tant il est clair que c'est par les leçons du passé que l'on peut mieux orienter son avenir. 

Cet ouvrage est la transcription des entretiens accordés par Marcelle DEVAUD à Victoria Man. On y trouve également des témoignages recueillis auprès de personnes qui ont eu l'occasion de travailler avec elle tout au long de ces années, telles que Evelyne Sullerot (sociologue), Marie-Claude Vayssade (députée européenne honoraire), Odile Quintin (directrice du dialogue social et de la libre circulation des travailleurs à la Commission européenne), Dominique Lévèque (ex-président de la mnef), et bien d'autres.

Ce document est le premier d'une collection qui a pour objectif de faire le portrait de toutes celles qui ont tracé le chemin des libertés féminines en France et en Europe.
Ces grandes aînées, que l'on se doit d'interroger, comment ont-elles été formées ? Par qui ? A quel moment ont-elles pris conscience des difficultés des femmes dans un monde d'hommes ? Comment se sont-elles engagées dans la vie publique ?
Préface de Victoria Man


L'itinéraire de Marcelle DEVAUD en que tant femme politique est un itinéraire hors du commun. De par ses activités politiques - nationales, européennes et internationales - elle a joué un grand rôle en France au cours des cinquante dernières années. Peu de politiques - hommes ou femmes &endash;, ont eu en effet, comme elle, l'occasion de remplir la plupart des mandats électifs offerts dans notre pays.
 Bien que mère de six enfants - et maintenant grand-mère et arrière-grand-mère - elle fut successivement sénatrice, vice-présidente du Sénat, députée, maire d'une grande ville de la région parisienne (Colombes). C'est elle qui, comme parlementaire, fit voter la loi instituant la Sécurité sociale pour les étudiants, la seule au monde. Une des actions dont elle est le plus fière. Elle a également été membre pendant de longues années du Conseil économique et social, et rapporteur du Plan. Sur le plan international, elle a rempli de nombreuses missions à l'étranger, et a notamment représenté la France à la Commission de la femme auprès des Nations unies.
 Ce parcours politique exceptionnel, elle l'avait commencé avant-guerre, comme attachée parlementaire de son mari. Au terme de ce parcours, lorsqu'elle n'a plus été élue, elle a continué de jouer un rôle de tout premier plan pour le combat féministe en France comme en Europe.

Au milieu des années soixante, elle a créé le Comité du travail féminin, premier organisme de ce type à s'intéresser à la place économique et sociale des femmes. Elle continuait ainsi l'action entreprise comme parlementaire, lorsqu'elle avait réussi à imposer la notion "à travail égal, salaire égal" dans les clauses obligatoires des conventions collectives.
 

Plus tard, ses activités associatives et féministes l'ont conduite tout naturellement à être - avec quelques pionnières - à l'initiative de la création d'actions spécifiques de la Commission européenne en direction des femmes. Celles-ci ont notamment débouché sur l'adoption de "directives" européennes visant à l'amélioration de la situation de la femme dans notre société.
 

Encore maintenant, Marcelle DEVAUD poursuit ses activités pour aider les femmes en participant de façon régulière comme représentante des ong aux réunions du Conseil de l'Europe.
 

Cet ouvrage raconte un parcours exceptionnel depuis l'enfance, dans l'Algérie coloniale du début du siècle, jusqu'à nos jours. Il nous donne la vision d'une femme sur notre société, sur la place qu'on y accorde aux femmes. Mais il ne se contente pas de raconter une histoire, il permet à Marcelle DEVAUD de témoigner sur certaines périodes cruciales, de donner ses impressions, de souligner les difficultés pour une femme à "entrer en politique" alors que, durant sa jeunesse, elle ne pouvait même pas accéder à un bureau de vote. En langage simple et direct, dans un récit fourmillant d'anecdotes, Marcelle DEVAUD donne avec pertinence et humour son point de vue sur l'évolution du féminisme en France et en Europe.
 

Ce travail a consisté à recueillir l'information directement auprès d'elle-même, ainsi que des témoignages de personnes et de personnalités politiques, syndicales ou féministes, françaises ou étrangères, qui l'ont bien connue ou côtoyée pendant des périodes clés.

Avant-propos de Marcelle DEVAUD

J'ai eu la chance de traverser un siècle exceptionnel et, dans la mesure de mes modestes moyens, de participer à des décisions concernant le bien commun. Siècle exceptionnel ! pour notre pays : trois Républiques, deux conflits mondiaux, les plus horribles et les plus destructeurs de l'histoire puisque la science y a été mise au service du mal, et les pseudo-progrès de la civilisation n'ont pu ma"triser les instincts les plus sauvages de l'homme ; la décolonisation qui, hélas ! n'a pas toujours été reçue avec sagesse et mesure ; également, la "décolonisation" des femmes, acquise non sans peine et pas encore achevée ; mais surtout, la révolution postindustrielle née d'avancées scientifiques galopantes et qui, en cette fin de société chaotique, bouleversée par l'afflux et le rythme des nouvelles technologies, est à la recherche de ses repères et de son équilibre.

Comment, dans une telle époque, l'événement ne pourrait-il vous saisir et vous entra"ner à vivre intensément, provoquer le besoin d'apporter votre tribut à ce défi de l'humanité ? 

En écrivant ces lignes, une image me hante : celle de mon dernier voyage à New York. J'embarque dans le jet qui me déposera dans cinq ou six heures à Kennedy Airport, et je pense à l'antique diligence, attelée de six chevaux, qui, dans un tintamarre pittoresque, passait devant mon jardin, à la grande joie du petit enfant que j'étais. Et je me demande comment je suis moi-même passée de la diligence au jet, comment j'ai traversé cette grande page de l'histoire. Bilan bien difficile !

J'ai élevé une famille que je me suis efforcée d'unir dans un chaud climat d'affection. J'ai aimé et essayé de servir mon pays que j'aurais voulu doté d'un Etat fort et juste. J'ai travaillé avec acharnement à la promotion des femmes, à la protection des jeunes, à la défense des droits humains. J'ai souhaité l'avènement d'une Europe unie qui équilibre les forces du monde, d'un monde où chacun pourrait avoir sa part de paix ou son bol de riz. Je ne sais si j'ai vraiment su répondre à l'événement qui me sollicitait, mais je crois avoir tiré de ma vie publique un certain nombre d'enseignements et quelques principes d'action auxquels je me suis toujours efforcée de rester fidèle.

Savoir écouter et comprendre. Notre monde et, notamment, notre monde politique, n'est que cacophonie et incohérence. Chacun est sûr de sa vérité et se refuse à entendre celle des autres. Les partis politiques en sont le meilleur exemple : ils vivent forts de préjugés hérités du passé, "fixistes", comme diraient certains, incapables de sortir de leur gangue pour s'ouvrir aux vérités nouvelles, à un avenir en pleine évolution et qui finira par les faire trébucher. Ils n'ont pas encore admis qu'il faut comprendre les autres pour vivre, et que le dialogue est la clef de bien des problèmes.

Etre tolérant et ouvert. Mes voyages, mes rencontres internationales avec les personnalités les plus diverses de la vie politique et de la vie associative m'ont appris que je n'étais pas - ou que mon "clan" n'était pas - seul détenteur de la vérité. Nous avons tous à apprendre des autres, y compris de ceux qui paraissent les plus faibles. Dans les nouveaux espaces de vie qui s'ouvrent à nous, chacun doit trouver une place et a le droit de faire entendre sa voix. 

Etre fidèle à ses principes et persévérant dans son action. Dialoguer ne signifie pas céder immanquablement à la pression de l'autre ou à ses arguments. On ne peut dialoguer que si l'on se sent soi-même sûr de ses règles de vie. Mais cette fidélité ne doit pas nous inciter à regarder toujours en arrière pour rechercher l'exemple d'un passé nettement révolu. Elle nous permet, au contraire, de voir au-delà, d'anticiper et de créer activement notre destin. 

La révolution industrielle a coûté des larmes et du sang. La révolution postindustrielle que nous vivons, c'est pour nous trois millions de chômeurs, un immense malaise social, l'angoisse des jeunes, et plus de la moitié de l'humanité affamée. Pas plus qu'on n'est sorti des douleurs de l'enfantement industriel par des remèdes de la Renaissance, pas plus nous ne sortirons de nos propres souffrances par la politique de Napoléon III. 

J'ai, pour ma part, toujours tenté de plaider la cause de l'avenir, la richesse de la ressource humaine, la nécessité de nous délester de nos vieilles structures - no-tamment dans la vie politique : ce n'est pas seulement vers un monde nouveau que nous devons avancer, mais vers une nouvelle civilisation. Nous savons que demain, c'est-à-dire avant l'an 2000, tout va changer : de nouvelles communications, de nouveaux métiers, de nouvelles techniques. Nous devons préparer nos psychologies - trop lentes à s'adapter - et surtout celles de nos enfants, à cette éruption, à ces temps nouveaux. 

Pour mettre en oeuvre ces desseins, il faut des bâtisseurs, des créateurs. Et les femmes ne sont-elles pas, par essence, des créatrices ? Ecartées pendant des siècles du pouvoir - dont les hommes sont tant avides - elles sont encore une infime minorité à en détenir une parcelle. Trop peu nombreuses en politique parce que, jusqu'à ce jour, elles ont été surtout l'alibi des partis sans avoir pu y trouver une part et une reconnaissance positive, elles sont loin encore d'avoir pu donner leur mesure. Mais pour qui met son espoir en la "ressource humaine", quelle ressource potentielle elles constituent, qui peut, demain, changer bien des choses ! Pas encore déformées par les vieilles traditions politiques, elles sont capables d'assez d'audace pour s'engager sur de nouvelles pistes et découvrir les orientations qu'exigent les technologies d'avant-garde. En un mot, elles pourraient bousculer les structures obsolètes de notre organisation du temps et de l'espace pour donner un élan vital à notre société décadente.

Il ne s'agit certes pas de substituer le pouvoir féminin au pouvoir masculin, mais, harmonieusement, en introduisant les femmes à tous les niveaux de responsabilités, d'infuser une sève nouvelle dans les conceptions de vie et les processus d'action.
 Mieux vaudrait, semble-t-il, ne plus parler de pouvoir - de ce pouvoir qui perd les meilleurs tant son attrait déforme les esprits &endash;, mais de service. La vie républicaine exige un grand esprit de service - être "ministre" n'est-ce pas être "serviteur", au sens noble du mot ? Et servir, c'est essentiellement s'intéresser au bien commun et faire passer l'intérêt général avant son propre intérêt. Pour moi, j'ai toujours voulu pour devise ces mots que mon grand-père avait désiré qu'on inscrive sur son tombeau (qui est resté, là-bas, en Algérie) : "Hors la charité, point de salut", que je traduis : "Hors le service des autres, point de salut."

Octobre 1996*.

Notes biographiques
Activités nationales et politiques

Sénatrice de la Seine (de 1946 à 1958).
Vice-présidente du Sénat (de 1948 à 1952).
Députée de la 36e Circonscription de la Seine (Colombes-Gennevilliers).
Conseillère municipale de Bois-Colombes, rapporteur du Budget.
Maire de Colombes.
Membre du Conseil économique et social :
ïVice-présidente de la Section des problèmes économiques généraux et de la conjoncture.
Rapporteur de la Commission du Plan.
Présidente de la Commission chargée de l'étude des problèmes démographiques.
Vice-présidente de la Commission du développement du plan français.
Présidente du groupe d'études "Prospective de la famille", du Commissariat général du Plan.
Membre du Haut Comité de la population.
Membre du Conseil supérieur de la sécurité sociale.
Membre de la Commission supérieure des allocations familiales.
Membre des commissions "Formation" et "Emploi" de la Région parisienne.
Présidente de l'Office nationale d'information sur les enseignements et les professions.
Présidente de la Commission des maisons familiales de vacances.
Membre honoraire du Conseil économique et social.

Activités internationales

Vice-présidente du Groupe français de l'Union interparlementaire.
Présidente de la Commission culturelle de l'Union interparlementaire.
Représentante de la France pendant dix ans à la Commission de la femme des Nations unies.
Déléguée de la France à de nombreuses conférences internationales (New York, Washington, Bangkok, Addis-Abeba, Buenos Aires, Caracas, Moscou, Mexico, Bucarest, Genève, etc.).
Experte des Nations Unies en Côte-d'Ivoire et du Conseil de l'Europe à Strasbourg.
Activités associatives
Présidente (et fondatrice) du Comité du travail féminin (comité consultatif auprès du ministère du Travail).
Présidente (et cofondatrice) du Comité international de liaison des associations féminines, section française de l'Alliance internationale des femmes (CILAf).
Vice-présidente (et co-fondatrice) de l'Amicale internationale des élues locales.
Présidente de l'Accueil familial des jeunes étrangers (et auteure de la réglementation nationale adoptée par le Conseil de l'Europe concernant la protection sociale des jeunes travailleurs au pair).
Vice-présidente internationale de la Fédération internationale des Business and Professional Woman (BPW).
Vice-présidente de la Commission de liaison des organisations non-gouverne-mentales ayant statut consultatif auprès du Conseil de l'Europe.
Cofondatrice et ancienne présidente et membre du "Comité consultatif pour l'égalité des chances" auprès de la Commission des communautés européennes.
Cofondatrice et ancienne membre du "Comité d'égalité des chances entre les hommes et les femmes" auprès du Conseil de l'Europe.
Ancienne vice-présidente et membre de l'Assemblée générale des ONG auprès du Conseil de l'Europe.
Membre du Conseil supérieur de l'égalité des chances français.
Présidente du Comité consultatif de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF).

Travaux

Auteure de la loi instituant un régime de Sécurité sociale pour les étudiants (le seul dans le monde).
Rapporteure de nombreuses lois, notamment, la législation du Travail et de la Sécurité sociale : loi créant les conventions collectives, l'allocation-logement, la médiation dans les conflits du travail ; l'administration des collectivités locales, le statut du personnel communal, des fonctionnaires ; rapports sur les départements d'outre-mer, sur le Plan, sur la politique étrangère, etc.
Auteur d'articles et d'études pour des périodiques français et étrangers
Actuellement
Présidente du CILAF
Présidente d'honneur de l'AFEM
Membre de l'Assemblée générale des ONG auprès du Conseil de l'Europe.
Membre de nombreuses associations féminines françaises (dont BPW France).

Distinctions

Officier de la Légion d'honneur.
Commandeur de l'Ordre national du mérite.

Sommaire de l'ouvrage

Avant-propos de Marcelle DEVAUD

Préface de Victoria Man

  • L'Algérie
  • La famille
  • Le mariage
  • A Paris
  • La guerre
  • L'après-guerre
  • Les débuts en politique
  • Le travail parlementaire
  • La guerre d'Algérie
  • Maire de Colombes
  • La vie publique
  • L'Europe
  • Les Nations unies
  • Le Comité du travail féminin
  • Le féminisme en Europe
  • Le féminisme
  • Le féminisme en politique
  • Les femmes en politique
  • Les associations
  • Les voyages
  • Les amies disparues

Cahier photos (huit pages)

Témoignages

  • Janine Lansier
  • Jacqueline Nonon
  • Evelyne Sullerot
  • Claude du Granrut
  • Martine Lévy
  • Paulette Hofman
  • Marie-Claude Vayssade
  • Monique Halpern
  • Fausta Deshormes La Vallé
  • Odile Quintin
  • Dominique Lévèque

Discours

  • Octroi aux étudiants de certaines prestations de la Sécurité sociale
  • Règlements des conflits du travail
  • Accords d'Evian
  • Femmes algériennes



par Victoria MAN : Marcelle DEVAUD
"Itinéraire exceptionnel d'une femme politique française" Entretiens et témoignages
Format : 13,5 x 21,5 cm Broché, cousu - 168 pages - 1997
Cahier photos ISBN 2-910292-03-7 Prix public : 145 ff
 
 

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