Shoukria HAIDAR
son combat en faveur des femmes afghanes © Photo Emmanuelle BARBARAS ©
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le Monde du 15 décembre 2001Fédération Syndicale Unitaire (sept 2001) Depuis les attentats du 11 septembre (2001), Shoukria HAIDAR, quarante-trois ans, ne cesse de courir entre ses cours dans un collège d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où elle vient d'être affectée comme maître auxiliaire d'éducation physique et sportive, et les multiples rendez-vous et entretiens, où elle plaise la cause de son association NEGAR - soutien aux femmes d'Afghanistan. Pour que, malgré la guerre en préparation, malgré l'assassinat de Massoud "on n'oublie pas le sort des femmes la-bas". L'urgence de la situation lui a fait rater la rentrée scolaire : partie dans les camps de réfugiés d'Afghanistan et du Tadjikistan afin de recueillir des témoignages, elle est restée bloquée les premiers jours de septembre à la frontière pakistanaise.
C'était également en septembre, il y a vingt et un ans, qu'elle a débarqué à Paris, pour fuir Kaboul et le coup d'Etat du Parti Démocratique pro-soviétique en avril 1978. La jeune femme venait d'être "virée" des bureaux du Comité International Olympique (CIO). Le Parti Démocratique purgeait alors toutes les administrations de ses éléments non encartés. "Dans tous les bureaux, il y avait des conseillers soviétiques et je n'ai pas su tenir ma langue", raconte-t-elle. Licenciée, elle trouve ensuite un poste d'enseignante, mais là encore, face aux purges et aux arrestations massives d'opposants, Shoukria HAIDAR ne saura pas se taire. "J'avais mis ma famille en danger, alors je suis partie." Elle quitte alors un pays - "pour quelques mois", pensait-elle - qu'elle n'aurait jamais cru retrouver dans une telle misère.
L'ancienne championne de ping-pong se réfugie à Paris et reprend ses études de sports à Nice. Le séjour de Shoukria HAIDAR est alors rythmé par l'actualité afghane. En 1989, l'Armée Rouge se retire du pays. Trois ans plus tard, le régime tombe et la guerre entre les différents chefs de guerre reprend. En 1995, quand le parti islamique prend le pouvoir, l'espoir renaît. Elle monte alors un projet d'aide au sport féminin : "je voulais lever des fonds pour construite des terrains de sport et fournir du matériel aux lycées et collèges", se souvient l'enseignante.
L'arrivée des talibans met un terme au projet. Elle a "l'impression que le ciel (lui) tombe sur la tête". "On savait ce dont ils étaient capables dans les villes qu'ils avaient tenues : interdiction des écoles aux filles, port du tchadri obligatoire, interdiction d'accès aux hôpitaux pour les femmes, interdiction de travailler". Avec trois amies, elle crée une association de soutien aux femmes : NEGAR "la trace". L'urgence n'est plus le sport, mais "les droits les plus élémentaires pour les femmes". "Pendant la guerre, j'ai tellement vu de veuves ou de femmes seules que c'était vital de travailler". assure-t-elle. L'association a essaimé en Afghanistan et dans les camps de réfugiés : "Plusieurs milliers de femmes travaillent avec nous là-bas".
ECOLES CLANDESTINES
L'objectif de l'association est simple : aider matériellement les associations de femmes, créer des école clandestines - on en compte 26 à Kaboul -, ouvrir des lieux de soins... En juin 2000, trois cent d'entre elles se rencontrent à Douchanbé (Tadjikistan), où une déclaration des droits fondamentaux de la femme afghane est rédigée. En France, l'association compte 450 adhérent(e)s qui multiplient conférences, soirées-débats, campagne de presse pour "montrer le vrai visage des talibans". "Les conditions qu'ils imposent aux femmes ne font partie ni de la culture afghane ni de l'islam. Les femmes sont cloîtrées chez elles, elles ne peuvent sortir sans être accompagnées d'un homme et n'ont même pas le droit d'écouter de la musique" rappelle l'enseignante.
Alors, malgré les menaces de frappes arériennes, et "la peur d'un tapis de bombes", Shoukria HAIDAR continue sa croisade. Samedi 29 septembre 2001, à Paris, à 14 heures, place de la République, l'association organise une manifestation soutenue par une cinquantaine d'associations, syndicats et partis politiques afin de rappeler cette autre réalité afghane.
Sylvia ZAPPI (le monde)
(650 mots)
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