Historique de l'annuaire au féminin
Le 23 janvier 83 : l'étincelle !
Un samedi après midi, à l'Agence Femmes Informations (AFI), une agence de presse spécialisée pour les femmes, je suis assise avec 30 autres personnes, et mon fils de 11 ans m'a aidé à porter mon Apple // pour en faire une démonstration.
Je ne savais pas que cette réunion allait changer le cours de ma vie. En attendant le début de la réunion, je commence à parler à ma voisine de droite, grande, mince en tailleur pantalon et pull rouge (pourquoi les femmes se souviennent-elles toujours des vêtements dans les moments importants ?).
moi - Que faites vous ?
elle - Je voyage beaucoup et j'ai rapporté cela du Canada. Là bas au Québec, elles font des choses intéressantes.
Et elle sort de sa poche un petit livre bleu, je m'en souviendrai toujours ... Je lis "le Bottin des Femmes Professionnelles et Commerçantes" et en l'espace d'une seconde (*), j'entrevois les possibilités de ce projet ainsi que les applications pour la France.
moi - Oui, c'est génial, il faut faire la même chose en France !
elle - Je savais qu'en venant ici, je trouverais une femme pour réaliser ce projet.
Elle ajoute : - Je n'ai pas le temps de m'en occuper, mais je peux investir un peu d'argent pour aider au démarrage.
Moi - Je n'ai pas d'argent pour amorcer mais j'ai du temps, je crois au concept et je commence maintenant.
Avec son investissement financier et mon investissement en temps, nous avons pu démarrer ...
Elle, c'était Danielle Décuré, première femme pilote de ligne à Air France qui avait écrit "Vous avez vu, le pilote est une femme". A ce titre, elle avait été invitée par les femmes d'affaires de Montréal pour témoigner de son expérience lors d'un congrès de femmes d'affaires.
J'en ai tiré ma première conclusion : l'écrit est important pour traverser les frontières mais les contacts directs, personnalisés sont indispensables pour faire passer un état d'esprit.
Je prends rendez-vous avec elle. Et je lance le projet. Je propose une réunion à des femmes que je savais intéressées par le projet un mois après. Je pensais vendre l'idée à un éditeur et sortir cet annuaire en un an. Lui proposant de m'occuper de la partie commerciale, qui est ma spécialité. En fait, il m'a fallu 2 ans, le faire toute seule ou presque et créer une structure pour le premier, une entreprise en nom personnel.
Pernod nous a sponsorisé pour le lancement le 28 Février 85 : 400 personnes sont venues pour le cocktail. Nous étions débordées. Bon impact dans la presse. Plusieurs articles.
Interview en direct par Jacques Pradel sur France Inter au cours de son émission "Contact" : plus de 1000 femmes nous ont laissé leurs coordonnées.
Diffusion par les 25 FNAC de France.
Comment concrètement ai-je pu réaliser ces annuaires ?
- en faisant nous même tout ce qui pouvait être fait le soir, les WE. Pendant la journée j'avais d'autres activités qui me permettaient de m'auto-sponsoriser !!!
- en réduisant les coûts grâce à l'informatique. Un ordinateur remplace 2 personnes, et nous avons pu économiser la photocomposition.
- en pratiquant l'échange de services, version millénaire du troc, ou de la "compensation".
- en investissant beaucoup de temps, d'énergie et d'argent (finies les vacances et le superflu pendant plusieurs années).
J'avais amassé au fil des ans de nombreuses adresses : à 20 ans, en les comptant dans mon carnet, j'en avais déjà 1000 ! et mes ami(e)s sachant que je connaissais beaucoup de monde et que j'aimais rendre service, faisaient souvent appel à moi.
Si bien que cela commençait à prendre des proportions importantes, et vers les années 78/80, je cherchais à utiliser cette "aptitude à gérer des adresses".
J'avais acheté mon premier micro en 82 et j'ai immédiatement stocké mes adresses dessus. Grâce à Apple, j'ai pu réaliser ces annuaires toute seule ou presque.
Ce qui fait qu'en 83, je maîtrisais déjà la micro-informatique. J'avais un outil et la matière première, c'est à dire le terreau et les graines. L'exemple des Canadiennes m'a été très profitable : l'eau a fait germer ce que je sentais de manière indistincte.
Quelques mois plus tard, Guylaine Lanctot, la fondatrice du Bottin de Montréal est venue à Paris. Prévenue par Danielle Décuré, j'ai organisé une conférence de presse dans un restaurant tenu par des femmes. Nous avons eu un article dans l'Expansion....
Brigitte CASSIGNEUL (ma bio)
(*) en fait, je portais ce projet depuis longtemps d'une façon diffuse. J'ai toujours apprécié et apprécie encore la compagnie des femmes. Pour moi, solidarité et amitié féminines sont une réalité.
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