"Transformation personnelle /transformation collective :
quelles interactions ?"

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Séminaire proposé par Transversales Science Culture
(3 et 4 février 2002 : 14 h à 18 h - PUC, P15, salle 241)

Ayant engagé depuis quelques mois une réflexion sur la question de l'articulation entre transformation personnelle et changement collectif, la revue Transversales Science Culture propose un séminaire sur ce thème, dans le cadre du second Forum social mondial, les 3 et 4 février après-midi.

Le sens d'un travail

Comment passer collectivement et durablement d'une culture génératrice d'exclusion, de compétition, d'égoïsme, de valorisation de l'avoir, de peur ... à une culture orientée vers la coopération, l'émulation, le partage, l'altérité, la fraternité, la reconnaissance de l'être ? Le passage d'une logique à l'autre doit s'appuyer sur la mise en place de nouveaux systèmes de régulation, écologiques, politiques, économiques et sociaux. Le Forum social mondial de Porto Alegre s'en fait à la fois l'écho et le générateur.

Mais cela ne suffit pas. Car les tentatives de réforme des sociétés à partir des seules structures ont toujours buté sur des comportements individuels incompatibles avec les objectifs poursuivis. Le succès de l'évolution que nous souhaitons implique que nous modifions en profondeur nos systèmes de valeurs, ainsi que les comportements et attitudes qui en sont l'expression.

Le chantier n'est pas mince, car les développements récents de l'économie capitaliste de marché conduisent à faire pénétrer les modes de domination dans la tête et l'âme des individus, au coeur de leur vie personnelle. Course au temps, culte du profit individuel, émergence de nouvelles peurs, "mal-vivre" en tout genreŠ en sont les expressions les plus notables. C'est assez dire que les réponses à ces formes de domination doivent impérativement prendre en compte la dimension personnelle.

 

Pourquoi poser la question à Porto Alegre ?

Nous pensons que le mouvement en émergence autour d'"un autre monde", aujourd'hui réuni à Porto Alegre, doit prendre en compte ces questions. C'est à ce prix qu'il trouvera toute son efficacité et sa légitimité. Quatre raisons, au moins, plaident en ce sens.

1- Qui de nous ne fait pas, presque quotidiennement, l'expérience des gâchis générés par les querelles intestines, les luttes de pouvoir et les appétits personnels au sein de nos organisations et de nos réseaux ? Réunions manipulatrices, projets qui implosent face aux difficultés relationnelles, incapacité à créer les conditions d'un dialogue riche de désaccords fécondsŠ la liste est longue de toutes ces situations qui révèlent l'ampleur des difficultés internes à surmonter pour prétendre à la construction d'un autre monde.

2- Le projet politique que nous défendons vise à remettre l'être humain au centre du jeu, économique, social, politique, culturel. Donc de le placer en position d'agir sur l'histoire. En sommes-nous vraiment convaincus ? Et cela se traduit-il déjà par le souci d'élaborer des pratiques nouvelles ? Pourquoi nos mouvements ne se préoccupent-ils pas davantage de développement personnel alors même que les entreprises &endash; de manière ambiguë voire manipulatrice &endash; affichent désormais ce souci ?

3- Dans un article, paru voilà deux ans dans Le Monde diplomatique, le sous-commandant Marcos évoquait la nécessité de bâtir "un monde qui contienne et accepte tous les autres mondes possibles". On ne saurait mieux souligner à quel point l'idée de pluralité doit être au centre du projet politique à bâtir. Mais qui dit "pluralité" dit nécessairement "altérité"Š et nous ne sommes ni éduqués ni préparés à cela.

4- Enfin, si la démocratie représente un progrès formidable, on ne peut oublier que la plupart des grandes tentatives de transformation sociale et politique dans l'Histoire ont débouché sur des échecs, des dérives, voire des déviations monstrueuses. Si l'on veut éviter que les mêmes causes produisent une fois encore les mêmes effets, il convient de prendre le problème à bras-le-corps. Donc de s'interroger sur les moyens de prévenir ce type de déviations dans le mouvement en émergence aujourd'hui.

 

 

Contenu du séminaire

Ce travail sur l'articulation entre transformation personnelle et changement collectif recouvre, en fait, quatre questions principales :

1. La question de la cohérence entre nos comportements individuels et les transformations de société que nous souhaitons.

2. La question des valeurs partagées susceptibles de servir de base à nos pratiques collectives.

3. La question du fonctionnement de nos groupes et organisations, notamment du point de vue de leur capacité à générer des transformations personnelles positives.

4. La question de l'évolution de la société (concernant l'éducation, l'égalité hommes/femmes, le rapport au temps ...) qui serait de nature à favoriser l'épanouissement personnel de tous et l'accès à l'autonomie de chacun.

A Porto Alegre, nous souhaitons privilégier le troisième axe : il nous semble que le Forum Social Mondial constitue un cadre idéal pour échanger sur nos pratiques "militantes" et poser la question de l'adéquation entre nos modes de fonctionnement et la société que nous voulons, pour ensuite en dégager les pistes d'évolution.

L'essentiel du travail en séminaire sera constitué par la présentation d'expériences illustrant comment nos groupes et organisations peuvent favoriser, ou non, la transformation personnelle de chacun tout en travaillant au bien collectif. Ces récits feront l'objet de jeux théâtraux qui permettront à la fois d'en révéler les enjeux et de montrer les multiples choix personnels possibles face à une situation concrète. Une grille d'analyse sera proposée afin d'évaluer les effets &endash; positifs et négatifs &endash; de chaque expérience sur les participants et sur le groupe, mais aussi pour aider à discerner les fondements théoriques et/ou les enjeux plus globaux à l'oeuvre derrière ces expériences.

A la fin de la seconde séance, l'ensemble de ce travail débouchera sur des propositions concrètes concernant :

- d'éventuelles "mise en réseau" de nos pratiques et nos expériences ;

- les perspectives d'évolution de la société de nature à favoriser l'épanouissement personnel de tous et l'accès à l'autonomie de chacun.

Ce séminaire se déroulera à la suite de celui organisé les 1er et 2 février 2002 sur le thème "Reconsidérer la richesse" autour de la mission de Patrick Viveret. Le lien sera donc fait, en ouverture de la séance du 3 février 2002, entre les deux thèmes de travail.

 

Transmis par Laurence BARANSKI, membre du groupe qui intervient à Porto Alegre (2002)
et membre du Réseau "Annuaire au Féminin".


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