Rappelons ce que chacun sait. En France, les femmes sont cruellement absentes du monde politique. Dans cette haute assemblée, elles représentent seulement 5,6% des sénateurs. L'assemblée nationale elle, compte 6% de femmes. Depuis les élections législatives en Grèce, la France est bonne dernière en Europe pour la représentation des femmes dans les assemblées. En Finlande, 38,5% des parlementaires sont des femmes, 33% en Suède, 20% en Allemagne. La situation est à peine plus enviable dans d'autres instances: les femmes représentent 12% dans les conseils régionaux et 5,1% dans les conseils généraux. Seuls les conseils municipaux et le parlement européen s'en sortent un peu mieux (21,2% pour le premier et 29,9% pour le second). Le comité "Demain la parité" a publié une étude montrant qu'au rythme où nous allons, il faudrait attendre le XXIème siècle voire le XXIIème siècle pour atteindre la parité. Aujourd'hui, à gauche comme à droite, nous parvenons à une forme de consensus sur la nécessité de prendre des mesures permettant l'accès réel des femmes aux sphères politiques. Je ne dis pas que la partie est gagnée mais vous en conviendrez, les initiatives et les propositions se multiplient et trouvent enfin un véritable écho.
La difficulté des femmes à occuper des places de pouvoir tient sans doute à des facteurs indépendants de la couleur politique des partis. A cet égard, le P.S. n'a pas été un modèle. Les femmes qui ont voulu y faire évoluer les choses le savent bien. Depuis les années 70, elles ont oscillé entre la tentative souvent infructueuse de mobiliser les appareils et la tentation de porter leur cause à l'extérieur du parti.
Malgré cela, je crois que la parité est un combat de gauche et que le féminisme ne transcende pas les clivages politiques.
I) La parité est un combat de gauche. Pourquoi ? L'égalité et la démocratie en sont les enjeux.
11. La parité est un moyen de réaliser l'égalité réelle entre hommes et femmes.
La parité donne les moyens d'une égalité réelle entre hommes et femmes. Récemment acquise, l'égalité en droits que nous devons pour une grande part au combat féministe avant et après guerre a montré ses limites. La représentation féminine dans les instances législatives n'a pas du tout progressé par rapport à ce qu'elle était, au lendemain de la guerre, lorsque les premières femmes parlementaires ont été élues. Le Sénat lui-même reconnaît ce hiatus entre les principes et la réalité. Il a en effet créé une mission d'information chargée d'étudier la place et le rôle des femmes dans la vie publique.
Nous en sommes venus à considérer que l'égalité réelle passait par des mesures plus qu'incitatives. Les premières solutions proposées se sont révélées être des leçons d'hypocrisie collective: lors-qu'en 82 a été proposée une mesure visant à imposer qu'il n'y ait pas plus de 75% de personnes du même sexe sur les listes municipales, tout le monde s'en est remis à la décision du conseil constitutionnel. Cela a permis d'éluder le débat politique.Bien entendu, le conseil a sanctionné cette disposition de la loi électorale. Aujourd'hui, l'observatoire de la parité n'hésite pas à évoquer l'hypothèse d'une réforme constitutionnelle. Il s'agirait d'inscrire le principe de la parité dans notre loi fondamentale.
C'est par souci de justice et d'une répartition égalitaire des pouvoirs entre tous les membres de la société que nous défendons la parité.12. Éviter le risque de communautarisme.
Quelle démocratie voulons-nous ? Dans notre système, faut-il le rappeler, l'élu représente la nation et non pas tel ou tel intérêt ou telle ou telle catégorie de personnes.
Voulons-nous une démocratie où les femmes représenteraient les femmes, et pourquoi pas, où les chevelus représenteraient les chevelus et les chauves représenteraient les chauves? Comme le disait Mitterrand, il ne faut pas découper la démocratie en morceaux, en donner un aux femmes, un aux hommes, un aux blonds et un aux bruns. Je crains, comme beaucoup, les risques de communautarisme. Le monde politique n'est pas et ne doit pas devenir le strict reflet de la société.
Mais en même temps, la démocratie n'est plus crédible si elle continue d'ignorer la moitié de l'humanité. La rupture entre le monde des représentants et celui des représentés devient insoutenable. Elle met la démocratie en péril.
Nous pouvons soutenir la parité en évitant l'écueil du communautarisme. Ce qui me conduit à cette idée que l'intérêt des femmes ne transcende pas les clivages politiques.
II) Le féminisme ne transcende pas les clivages politiques.
Attention à ce que cachent les manifestes pour la parité.
Je vous l'avoue, ces sortes de fronts féminins que sont les manifestes pour la parité ne me paraissent pas être de très bon augure. Leur texte même est révélateur. Il se réfère à un éternel féminin, à une différence ontologique entre les sexes qui me parait fort douteuse.
Voici par exemple ce que l'on trouve dans le manifeste des dix pour la parité publié dans l'express du 6 Juin 1996. Je cite: "Centralisateur et hiérarchique, donneur de leçons et arrogant autant qu'éducateur, rhétorique et rationaliste jusqu'à l'abstraction chimérique, le jacobinisme est un concentré de qualités viriles".
Plus loin, "Il est grand temps d'en finir avec ces stéréotypes et ces blocages en féminisant la République, le regard des femmes, leur expérience, leur culture manquent cruellement au moment de l'élaboration des lois".
Ce sont bien plutôt ces propos qui me paraissent caricaturaux et schématiques. En outre, ce discours est dangereux. Ces mêmes qualités attribuées à une supposée nature féminine pourraient bien se retourner contre les femmes dans un temps moins clément où il paraîtra nécessaire de les cantonner à leur foyer.
Je ne vais pas ouvrir ici le débat sur la différence sexuelle. Je tiens seulement à dire que, comme Simone de Beauvoir, je crois qu'on ne naît pas femme mais qu'on le devient. Et je défie quiconque saurait me dire ce qu'il en est vraiment des différences entre hommes et femmes et de cette fameuse nature féminine.
Par ailleurs, ces différences sont-elles pertinentes au regard du domaine politique ? Platon disait déjà avec bon sens: "Si la différence consiste seulement en ce que la femelle enfante et le mâle engendre, nous n'admettrons pas comme démontré que la femme diffère de l'homme sous le rapport qui nous occupe". Et précisément, ce rapport était celui du gouvernement de la République.
L'entrée massive des femmes dans les sphères de pouvoir apportera sans aucun doute quelque chose de neuf, non pas parce qu'elles sont femmes mais tout simplement parce qu'elles en ont toujours été exclues. Espérons qu'à titre de nouvelles venues, elles transformeront la pratique du pouvoir. Mais ne comptons pas trop sur l'éternel féminin. Il nous a si souvent mis les menottes aux poignets.
La cause des femmes elle-même n'est pas a-politique ou trans-politique. Nous avons à défendre une certaine vision de la place de la femme dans la société. Je ne pense pas que la gauche et la droite aient les mêmes idées sur cette question. Ce n'est pas parce que tous les partis de droite et de gauche ont été et sont concernés par l'exclusion des femmes que les femmes de droite et de gauche doivent se tenir la main.
Une fois élues, les femmes sont confrontées à une politique qui ne se réduit pas à leur cause. Elles défendent des idées, des propositions, voire un projet de société. Tant mieux si les femmes de droite soutiennent la parité. Mais ne compromettons pas trop nos engagements politiques. Ils sont notre fer de lance et j'espère bien qu'ils resteront la raison d'être de l'élu. La tâche est ardue pour nous, et nous avons besoin d'élus de gauche tout court.
La prochaine échéance, ce sont les élections législatives. Elles vont donner lieu à des luttes frontales. Ne brouillons pas les pistes avec ces pseudo-fronts républicains. Les électeurs ne s'y retrouveront plus. Puisque nous avons, semble-t-il, gagné le parti à la cause de la parité, portons cette idée comme ce qu'elle doit être et ce qu'elle est, une idée de gauche.
(Danièle POURTAUD PS 1998) )
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